Dévoiler le monstre

Je porte un respect tout particulier à la religion islamique, ainsi qu’à toutes les religions, en ce qu’elles proposent de vivre pour quelque chose de non monnayable, immatériel, invisible. A l’heure du culte de la raison, où la rationalité pragmatique se fait dictat à l’instar du progrès, afin de créer l’ordinateur le plus fin possible, ou de payer par carte sans contact, celui qui croit en quelque chose de inutile est considéré comme artiste, poète, fou. La religion ? pour les miséreux, les démunis, les simplets, les arriérés, conservateurs, extrémistes, dégénérés. L’islam ne croit pas au progrès. Il propose de vivre pour quelque chose de plus noble que le confort matériel, et refuse de suivre un modèle occidental considéré spontanément par tous ses bien-pensants comme l’aboutissement du genre humain, la fin nécessaire à laquelle doit aspirer toutes les civilisations. La liberté, la laïcité, la démocratie ! Des valeurs universelles ! Des valeurs universelles ?

Avant que les médias et le gouvernement n’aient eu le temps de faire du jihad un ennemi public, j’avais du respect pour les principes de ce combat, ou du moins pouvais-je les entendre. Bien sûr, je le peux toujours et tout le monde le peut mais il faut pour cela sortir de l’imagerie médiatique du jihadisme affiché comme un mouvement humanoïde dangereux. C’est l’histoire désuète du gentil contre le méchant, la morale contre la folie, homme VS zombi. Je grossis peut-être les traits pourtant je n’ai pas l’impression de caricaturer, les journalistes à la télévision le font mieux que moi. Sans tomber dans l’apologie du crime, je peux me faire avocat du diable.

Avant donc que le jihad ne devienne l’image qui vous vient en tête quand vous lisez « jihad », je le comprenais comme un combat contre l’autorité globale de l’utile, une réaffirmation culturelle violente contre la violente imposition du système. Je le comprenais comme un combat que les djihadistes eux-mêmes savaient vain dans notre réalité humaine : peut-on croire qu’il s’agisse seulement d’une folie aveugle et sanguinaire engagée à nettoyer le monde des non-croyants au nom d’Allah ? C’est irréalisable et encore moins le propos. Je le comprends comme un combat de provocation dans notre monde, de protestation contre ce monde, et un combat d’intégration dans un autre monde : prouver sa dévotion à un Absolu pour le rejoindre ailleurs. Le jihad est dans le combat, dans le projet, le procès, non dans le résultat. Le jihad ne vise pas un ennemi mais bien une utopie, et se battre pour elle comme si ça n’en n’était pas une atteste l’amour sincère et <inopportun> d’un être pour le non-être.

On peut condamner sans fabuler le monstre.

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