Tout ce qui est

A l’aube du jour dans la lumière s’ouvre la fente béante de l’Euphrate immense. Son cours qui pourtant jamais ne se terre trouve dans le matin une force nouvelle. Le flot éclabousse d’humides petites perles l’herbe du rivage qui s’affaisse près de l’eau. Une goutte se casse et glisse le long de l’abdomen d’une jeune libellule qui s’envole aussitôt. Elle fend l’air tout contre le courant et s’englue dans les rouleaux de l’oxygène mouillé. C’est un rocher au fond du fleuve qui perturbe la gravité du torrent éclaté. Les herbes vertes plient un peu sous le poids de l’eau tandis qu’un brochet laité ondule entre les écueils. Un autre aux écailles plus sombres suit le même chemin. Ils parcourent ensemble le temps d’une vie un peu de distance et participent dans leur existence à l’équilibre du monde. Ils esquivent en même temps un roc plus clair et continuent leur course, laissant dans les jambes d’un petit homme une sensation visqueuse. Il se gratte la peau pour chasser le malaise et s’en retourne loin de là, son terrier qu’il appelle Falloujah. C’est à quelques centaines de pas du grand torrent un endroit où ont fait sortir de terre des nids immenses une colonie d’hommes qui fourmillent tout le jour, la nuit, le temps. Le petit homme ondule entre les constructions qui se succèdent à droite et à gauche, derrière l’arbre puis à gauche, au fond d’un couloir de pierre blanche : il entre dans un trou qui pourrait être son trou. Avec tous ses membres, ses pieds et ses bras, il escalade des pierres accumulées en escalier et se dresse, animal aérien, au sommet de sa niche d’où il peut voir les symboles dessinés par les façons de la ville. Quand il prend de la hauteur, ses congénères ne sont que des points vivants perdus dans l’héritage humain. Plus haut encore il découvre le territoire de tout ce qu’il a toujours connu comme un grain de poussière dans l’immensité sablonneuse autour. Il aperçoit d’ici le serpent d’eau qui ondule au creux des côtes : le fleuve s’étire et descend et se jette dans la mer. Son front se tend vers le ciel et adhère à l’univers ; tout ce qu’il connait concentré dans ce territoire, tout ce qui est reflété dans la perle de ses yeux.

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